Dernières nouvelles : 21 septembre 2016.

Regroupant les doctorants en psychologie de la plupart des Universités de la province de Québec, la FIDEP se bat présentement pour la rémunération de l’internat en psychologie. Ainsi, 10 ans après l’obligation d’études doctorales pour l’accès à la profession de psychologue ou de neuropsychologue, l’internat n’est toujours pas rémunéré et les jeunes psychologues choisissent davantage d’aller pratiquer au privé devant la précarité financière laissé par leur endettement à la suite d’un parcourt académique ayant une durée comparable aux résidents en médecine. Plus important encore, devant la précarité de l’accès aux soins en santé mentale pour la population québécoise et l’inaction du gouvernement pour y pallier, la FIDEP lance un cri du cœur à travers sa lettre ouverte publiée dans le devoir et que vous retrouverez ci-dessous.

 

Après dix ans de revendications et malgré le fait que le boycottage des stages et internats ait été annoncé en décembre 2015, la situation des internes en psychologie tarde à se régler. Depuis le 6 septembre dernier, plus de 700 doctorantes et doctorants en psychologie et en neuropsychologie ont officiellement entamé le boycottage de leur formation clinique. Ayant à coeur le bien-être des patients et afin d’être en mesure de leur assurer des services de qualité et accessibles quel que soit leur revenu, les futurs psychologues revendiquent la rémunération de leur internat, comme c’est le cas pour les futurs médecins, infirmières praticiennes spécialisées et pharmaciens d’hôpital, et pour leurs collègues partout ailleurs au Canada.

 

Après au moins six ans d’études universitaires et après avoir cumulé plus de 700 heures de stage, les doctorants réalisent un internat de 1600 heures dans le cadre duquel ils assument 80 % de la tâche d’un psychologue en exercice, et ce, sans obtenir aucune rémunération. Parmi les mandats qui leur sont confiés, on compte l’évaluation psychologique et neuropsychologique, la psychothérapie, mais également la supervision de stagiaires. À titre comparatif, les étudiants en médecine, qui réalisent leur résidence après de quatre à six années d’études universitaires, reçoivent un salaire d’environ 45 000 $. Le Québec est d’ailleurs le seul endroit en Amérique du Nord où les internes en psychologie ne sont pas rémunérés. Les autres provinces canadiennes offrent en moyenne une rémunération de 31 000 $. Pourquoi le Québec traite-t-il si mal les futurs psychologues ?

 

C’est un signal d’alarme que les doctorantes et doctorants en psychologie lancent cet automne : la santé mentale se doit d’être une priorité au Québec et des actions concrètes doivent être mises en place en ce sens ! Ce boycottage de la part des doctorantes et doctorants aura de graves répercussions. Ce sont ainsi 12 000 patients qui risquent de ne pas avoir accès à leurs services à court terme. L’absence des internes dans les réseaux publics laisse donc actuellement un vide important, et ce n’est pas de gaîté de coeur que les futurs psychologues ont choisi ce moyen d’action, car ils sont, comme tout professionnel du réseau de la santé, préoccupés par les impacts de cette situation sur les soins en santé mentale offerts aux Québécoises et Québécois.

 

Les besoins en santé mentale au Québec sont criants et la situation actuelle est alarmante : alors qu’une personne sur cinq sera atteinte d’un trouble mental au cours d’une année, il est estimé que seulement une personne sur trois aura recours à des services visant à pallier ces troubles. La faible utilisation des services est fort probablement liée à la stigmatisation des troubles mentaux ainsi qu’à des contraintes en matière d’accessibilité à ces services. En effet, des milliers de Québécoises et Québécois attendent souvent plusieurs mois, voire quelques années, avant de recevoir des soins psychologiques et neuropsychologiques. Or, plus les soins tardent, plus les symptômes tendent à se chroniciser et à s’aggraver. Par ailleurs, la proportion de psychologues travaillant dans le réseau public n’est pas en mesure de répondre à l’ampleur des besoins de la population. Les internes en psychologie portent donc un lourd fardeau, permettant de pallier en partie ce problème par le travail qu’ils effectuent dans le réseau public. Il est donc impératif que le gouvernement Couillard règle ce dossier dans les plus brefs délais.

 

Par ailleurs, en travaillant à temps plein sans être payé, le niveau d’endettement faramineux cumulé à la fin de l’année d’internat oblige plusieurs diplômés en psychologie à tourner le dos au réseau public quand vient le temps de choisir un milieu de pratique, les conditions salariales y étant moins avantageuses. Devant l’état des services en santé mentale au Québec, la rémunération des internes en psychologie et en neuropsychologie s’inscrit comme une solution durable et efficace. Elle permettra, d’une part, d’offrir des soins de santé plus adaptés et accessibles et, d’autre part, de favoriser la rétention des psychologues de la relève dans le système public.

 

Détenant une formation solide, offrant des services rigoureux, nécessaires et efficaces, les internes en psychologie sont en droit d’exiger que leur travail soit reconnu et valorisé. Ils jouent un rôle fondamental dans notre système de santé, collaborant avec de nombreux professionnels pour favoriser le bien-être des patients, diminuer leur détresse et favoriser leur rétablissement. Ainsi, cette rémunération est un geste sensé et équitable, essentiel à la santé psychologique des Québécoises et des Québécois, que le gouvernement doit s’assurer de mettre en oeuvre sans délai.

 

*Ont signé ce texte :

Eddy Larouche, président par intérim de la Fédération interuniversitaire des doctorants en psychologie (FIDEP) ; Rose-Marie Charest, psychologue ; Paul G. Brunet, président du Conseil pour la protection des malades (CPM) ; Simon Charbonneau, président de l’Association québécoise des neuropsychologues (AQNP) ; Karen R. Cohen, chef de la direction de la Société canadienne de psychologie (SCP) ; Charles Roy, président de l’Association des psychologues du Québec (APQ) ; Me Jean-Pierre Ménard, Ad. E. avocat spécialisé en droit de la santé ; Fabienne Audette, directrice générale de Suicide action Montréal (SAM) ; Pierre Blain, directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU) ; Alice Charasse, directrice générale du Réseau alternatif et communautaire des organismes en santé mentale de l’île de Montréal (RACOR) ; Nancy Corriveau, vice-présidente de la Fédération des professionnelles — CSN ; Carolle Dubé, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ; Julie Bouchard, Ph. D., professeure en neuropsychologie clinique, et directrice du doctorat en psychologie de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) ; Guylaine Côté, directrice du Département de psychologie de l’Université de Sherbrooke (UdeS) ; Marc-Simon Drouin, directeur du Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) ; Hélène Forget, directrice du Département de psychoéducation et de psychologie de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) ; Gabriel Fortier, directeur du Département des sciences de la santé de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) ; Frédéric Langlois, directeur du Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) ; Serge Larochelle, directeur du Département de psychologie de l’Université de Montréal (UdeM) ; Guadalupe Puentes-Neuman, directrice adjointe du Département de psychologie de l’Université de Sherbrooke — campus de Longueuil (UdeS) ; Jean Vézina, directeur de l’École de psychologie de l’Université Laval ; Normand Baillargeon, essayiste ; Lévy Bourbonnais, président de l’Off jazz, musicien ; Simon Gauthier, artiste ; Dominiq Hamel, auteur-compositeur-interprète ; Frédéric Lebrasseur, musicien, artiste multidisciplinaire ; Daniel Malenfant, comédien ; Jacques Piperni, comédien ; David Portelance, auteur-compositeur-interprète ; André Sauvé, humoriste ; Michel Trudeau, Ph. D., psychologue et producteur.

 

Un internat rémunéré c'est légitime!